Déclaration

de l’Ambassadeur André Erdős

de la Hongrie

à la Troisième Commission

Questions des droits de l’homme

New York, le 1 novembre 2000

 

Mme le Président,

            La Hongrie s’aligne à la déclaration faite par la France au nom de l’Union européenne sur les questions des droits de l’homme. Dans notre intervention d’aujourd’hui, nous aimerions nous concentrer sur certains aspects y relatifs, d’intérêt particulier pour la Hongrie. Comme nous l’avions souligné dans notre intervention faite au sein de ce Comité l’année passée, la Hongrie connaît bien les violences, les dévastations matérielles et, surtout, la misère psychologique provoquées par les violations des droits de l’homme, la discrimination, l’intolérance, le nationalisme agressif, maux qui ont secoué plus d’une fois la vie des peuples d’Europe centrale et de l’Est.

          Lorsqu’on parle du danger des manifestations d’intolérance et de discrimination, il faut se rendre à l’évidence que chacun de nos pays a des problèmes à résoudre au niveau national. La condamnation sans équivoque chez soi de toutes sortes de discriminations et la prise de mesures nécessaires pour y faire face, ainsi que la participation active dans les actions internationales contre les violations des droits de l’homme doivent former un ensemble cohérent dans les efforts des gouvernements.

Dans ce contexte, comme le constate le rapporteur spécial de la Commission des Droits de l’Homme concernant les mesures à prendre pour lutter contre les formes contemporaines du racisme, de la xénophobie et de l’intolérance, l’un des problèmes les plus pressant pour toute la région de l’Europe centrale et de l’Est est celui de la situation des Roma. Les Roma constituent une minorité ethnique importante en Hongrie. Le gouvernement est pleinement conscient des difficultés qui existent dans ce domaine. Même si les cadres juridiques existent dans le pays, les problèmes découlant de la situation complexe de la communauté Roma ne sont pas facile à traiter. Ceux-ci ne sont pas essentiellement linguistiques ou culturels, il revêtent un caractère social, ils ont trait à l’éducation et à la formation professionnelle. Par conséquent, l’intégration des Roma à la société est une question aussi bien minoritaire que de politique sociale.

          J’ai déjà eu l’occasion lors d’une précédente intervention dans ce Comité de mentionner un ensemble de mesures à moyen-terme, avec des plans d’action annuels, qui a été approuvé par le gouvernement en collaboration avec l’Organe d’administration autonome des Roma. Les mesures envisagées sont destinées, d’une part, à réduire l’inégalité sociale, combattre les préjugées et empêcher la discrimination. D’autre part, elles visent au renforcement de l’identité et de la culture des communautés Roma. Le Commissaire parlementaire pour les minorités nationales et ethniques en Hongrie remplit les fonctions d’ombudsman envers toutes les minorités sur le territoire du pays. Ses activités sont une garantie que les violations des lois en vigueur dans ce domaine ne resteront pas impunies. Nous avons pris note avec satisfaction de la référence à l’exemple positif de cette institution en Hongrie faite par le Haut Commissaire de l’ONU pour les Droits de l’Homme dans son discours prononcé à Strasbourg à la récente Conférence préparatoire européenne de la Conférence Mondiale contre le Racisme. Nous nous félicitons de la tenue l’année prochaine de cette Conférence qui sera, sans doute, un événement marquant dans les efforts mobilisateurs internationaux pour la défense des droits de l’homme.

 

Mme le Président,

Il faut reconnaître que l’intégration sociale de la population Roma ne peut être réalisée à brève échéance. Mon gouvernement travaille aussi, de concert avec le Conseil de l’Europe, sur une stratégie à long-terme qui vise à l’amélioration des conditions de vie et du statut social des Roma. Pour être plus efficace, cette stratégie devra tenir compte également du contexte régional où les autres organisations multilatérales telles que l’OSCE ou l’Union européenne sont appelées à jouer leurs rôles. Et c’est dans ce contexte de l’approche régionale que les représentants gouvernementaux chargés des affaires minoritaires des pays du groupe de Visegrad, c’est-à-dire la Slovaquie, la République Tchèque, la Pologne et la Hongrie, ensemble avec la Roumanie, se sont réunis ces derniers jours à Prague pour un échange de vues et d’expériences dans le domaine du traitement des questions se rapportant à la situation des communautés Roma. Les participants sont convenus d’appuyer dans leurs pays respectifs des programmes qui préconisent la tolérance, la compréhension et qui mettent en relief l’importance de la lutte contre la xénophobie. Ils étaient unanimes à souligner que l’intégration de la population Roma dans chacun de leurs pays est un problème de haute priorité qui reste encore à accomplir.

 

J’aimerais également ajouter que lors de la visite à Budapest du Secrétaire général des Nations Unies en juin dernier, son programme de travail incluait une rencontre avec les représentants des organisations Roma de Hongrie, à laquelle a également participé le ministre hongrois de la justice, rencontre qui reflétait l’importance que les deux parties, c’est-à-dire l’ONU et le pays hôte, attribuent à cette question.

Mme le Président,

Nous réitérons que la vision que nous nous faisons de l’Europe de demain est un continent uni dans ses valeurs et aspirations et diversifié dans sa composition ethnique, religieuse ou linguistique, ainsi que dans ses traditions et coutumes.

Nous sommes conscients que la situation des droits de l’homme dans la société est intimement liée à l’enseignement et la transmission de génération en génération des valeurs démocratiques. D’où l’importance de la décennie des Nations Unies pour l’éducation dans le domaine des droits de l’homme. Il convient de souligner la place de l’éducation dans l’édification d’une société tolérante et multi-ethnique. Dans cet esprit, le gouvernement hongrois a décidé d’introduire dans le matériel scolaire des établissements d’enseignement primaire et secondaire l’étude de questions se rapportant aux minorités. Il attache également de l’importance à la participation hongroise aux activités du Conseil de l’Europe dans la lutte contre la discrimination et la xénophobie. En outre, le gouvernement a proclamé la journée du 18 décembre Journée des minorités, afin d’attirer l’attention de l’opinion publique sur les problèmes y relatifs et créer une ambiance sociale propre à rendre cette activité plus efficiente. Le choix de cette journée n’est pas dû au hasard, elle coïncide avec la date de l’adoption par l’Assemblée générale en 1996 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des personnes appartenant à des minorités nationales, ethniques, religieuses et linguistiques. Le gouvernement a également désigné le 16 avril, début en 1944 de la concentration dans des ghéttos de nos concitoyens d’origine juive, comme journée consacrée annuellement dans les écoles du pays à la mémoire de l’Holocauste.

Force est de constater cependant que les manifestations d’intolérance, de xénophobie, de démagogie et d’extrémisme politique font encore partie des réalités européennes. Ne pas s’en rendre compte serait faire la politique de l’autruche avec toutes ses conséquences graves pour l’ordre démocratique et l’état de droit. Pour les pays de notre région, il n’est pas sans intérêt de rappeler que la défense des droits de l’homme est une des valeurs qui sont à la base de la politique étrangère aussi bien qu’intérieur des États qui participent à la construction européenne. Par conséquent, pour ceux qui visent à se faire admettre à l’Union européenne, cette aspiration prioritaire se traduit en actions concrètes ayant pour but la consolidation de la démocratie, le renforcement de l’état de droit, l’établissement des institutions stables, actions reflétant la volonté de mener à bien les processus de réformes dans les pays candidats. L’élargissement de l’Union représente donc un gain pour les Nations Unies pour ce qui est du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans le monde.

Mme le Président,

          Je ne peux pas ne pas évoquer, à la fin de notre intervention, au moment même où la République Fédérale de Yougoslavie fait son entrée aux Nations Unies, pays voisin avec lequel nous avons tissé des liens innombrables à travers les siècles, combien nous nous félicitons du triomphe de la démocratie et de la volonté populaire chez notre voisin de Sud. Nous souhaitons de tout cœur aux peuples qui habitent ce pays du succès dans la grande entreprise de reconstruction nationale et d’édification d’une société démocratique respectueuse des droits de l’homme, y compris des droits des minorités.

Merci, Mme le Président.