Discours
de
S. E. M. János Martonyi,
Ministre des Affaires Etrangères
de la République de Hongrie

devant la 54ème session ordinaire
de l'Assemblée Générale des Nations Unies

New York, le 24 septembre 1999

Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d'abord de vous présenter mes félicitations les plus sincères pour votre élection comme Président de la 54ème session de l'Assemblée générale de l'ONU. Je saisis l'occasion pour vous assurer du plein soutien de la délégation hongroise dans l'exercice de vos hautes fonctions à la tête de notre Assemblée.

Monsieur le Président,

L'humanité est arrivée au seuil du 21ème siècle. Aucun pays membre de notre organisation ne saurait donc rester indifférent à la façon dont nous nous acquitterons des tâches qui nous attendent au cours de la présente session de l'Assemblée générale tenue au crépuscule du 20ème siècle.

L'une des tâches les plus brûlantes devant les Etats et des organisations internationales au tournant de ce siècle est de mettre fin à l'aggravation de plus en plus rapide des inégalités qui se creusent entre les différentes régions du monde. De ce point de vue, une attention particulière devra être réservée au continent africain en proie à de multiples crises et conflits. La persistance de la pauvreté demeure l'un des plus grands défis de la terre, exacerbée par le processus de mondialisation. Les inégalités sont une source majeure de l'émergence et de la prolifération des intégrismes de tous ordres, de l'intolérance et de la violence qui s'ensuivent et qui menacent les bases de la civilisation contemporaine.

A l'aube de ce nouveau siècle, nous sommes appelés à exploiter les avantages de la mondialisation, trait saillant de notre époque, tout en tenant compte des risques qu'elle comporte. Cela exige que nous tous, au sein de la communauté internationale, nous prenions conscience de l'importance primordiale qu'il y a à traiter de manière adéquate les problèmes globaux, tels que l'écart grandissant entre les niveaux de développement économique, la dégradation de l'environnement, les dangers posés par le crime organisé, les migrations incontrôlées, les maladies, etc.

Dans ce contexte, nous tenons à relever le rapport qui existe entre mondialisation et intégration régionale. L'intégration est en mesure de s'ajuster au processus de mondialisation, d'en tirer les conséquences qui s'imposent, d'absorber les risques relatifs à ce processus, de faciliter la lutte contre les fléaux transfrontières et d'être ainsi le moteur du système universel de coopération économique.

Monsieur le Président,

A notre époque, la plupart des conflits ont lieu non pas entre Etats, mais à l'intérieur des Etats, essentiellement sous forme de graves affrontements ethniques ou religieux qui, trop souvent, mènent à des crises humanitaires de dimension sans précédent. Des groupes et communautés ethniques entiers, des minorités nationales et linguistiques deviennent victimes de purification ethnique. Des régimes dictatoriaux n'hésitent pas à recourir à l'extrémisme nationaliste et à la xénophobie, à une violence indicible, en exterminant des centaines de milliers de gens, en terrorisant sur leur terre ancestrale et en chassant de leurs foyers des millions de personnes. Nous ne saurions rester les bras croisés devant de tels actes.

D'où le grand débat qui s'est instauré dans la vie internationale, et dont nous voyons la manifestation dans cette même salle, débat sur la manière dont le monde devrait réagir à des situation dramatiques ayant trait à la violation massive et flagrante des droits de l'homme, lorsque notre organisation mondiale, pour toutes sortes de raisons, se trouve paralysée. Avec, comme toile de fond, les déchirements terribles dont nous sommes témoins partout dans le monde, la communauté internationale, nous en sommes convaincus, ne saurait esquiver une réponse valable à ce grand dilemme d'aujourd'hui.

Or, dans les relations interétatiques, aussi bien qu'au sein des organisations multilatérales, le concept traditionnel du principe de la souveraineté nationale connaît une évolution progressive. Grâce au développement du droit international, la souveraineté nationale est de moins en moins une justification acceptable derrière laquelle les gouvernements pourraient s'abriter en toute tranquillité en cas de violation grave dans leurs pays des normes juridiques internationales universellement reconnues. Comme l'a si bien dit le Secrétaire général, à notre époque de mondialisation, c'est l'intérêt collectif qui représente en effet l'intérêt national. On constate aujourd'hui fort heureusement que les principes de bonne gouvernance prévalent et s'épanouissent dans un nombre de plus en plus grand de pays.

Dans le voisinage immédiat de mon pays, un régime s'appuyant sur un nationalisme outrancier a fini par lancer quatre guerres au cours de la dernière décennie. Bien qu'avec des retards et hésitations, la communauté internationale a pris les mesures qui s'imposaient. C'est dans le cas du Kosovo qu'elles ont été appliquées de la manière la plus résolue et la plus conséquente. A la suite de l'action entreprise pour défendre les valeurs et intérêts universels, cette région martyrisée, grâce à la présence des forces militaires internationales et de la mission de l'ONU, connaît aujourd'hui une paix fragile, elle est la scène d'efforts considérables et de plus en plus efficaces en vue d'y instaurer l'ordre et la stabilité.

Compte tenue de l'expérience de cette dernière décennie dans cette partie de l'Europe, il faut dire ouvertement et sans détours qu'il serait illusoire de s'attendre à une démocratisation en République Fédérative de Yougoslavie si les choses restent inchangées à Belgrade. Par contre, une Serbie nouvelle, résurgie des tragédies et des destructions, débarrassée du fardeau du passé, pourra sans doute compter sur l'attention bienveillante et l'assistance efficace de la communauté internationale. Dans ce contexte, nous soulignons l'importance de la mise en oeuvre des décisions du Tribunal pénal international pour l'ancienne Yougoslavie. Le Pacte de stabilité créé pour répondre aux besoins des pays de l'Europe du Sud-est sera disponible et pourra jouer un rôle de premier plan dans la réhabilitation et le développement de la région. Il pourra également contribuer à promouvoir le respect des normes démocratiques et des droits de l'homme, en proposant, entre autres, des arrangements institutionnels susceptibles d'améliorer les relations entre communautés majoritaires et minoritaires de la région.

Monsieur le Président,

La communauté internationale est à nouveau mise à l'épreuve dans le cas du Timor Oriental. La Hongrie partage les profondes préoccupations de l'ensemble des nations devant les récents événements qui sont une violation brutale du droit du peuple de cette terre à l'autodétermination. Les atrocités commises contre la population civile du Timor Oriental représentent une atteinte grave aux droits de l'homme. Les responsables de ces actes devront en répondre devant la justice.

Nous nous félicitons de la décision du Conseil de sécurité autorisant le déploiement au Timor Orientale d'une force multinationale pour restaurer la paix et la sécurité dans l'île et la prise de toutes les mesures nécessaires à la mise en oeuvre de son mandat. Les événements tragiques au Kosovo et au Timor Oriental ne font que confirmer l'universalité des droits de l'homme et l'importance du règlement des conflits à temps et par des méthodes appropriées. Ils montrent aussi la valeur d'une collaboration harmonieuse entre l'ONU, les organisations régionales et des groupements particuliers d'Etats, collaboration qui devient de plus en plus indispensable dans le traitement des conflits multiformes et variés qui surgissent et qui, malheureusement, continueront à surgir aux quatre coins du monde. La Hongrie est prête, avec ses propres moyens, à prendre part à cette grande entreprise de sauvegarde ou de restauration de la paix et de la sécurité internationales.

Monsieur le Président,

Parmi les phénomènes qui menacent la paix et la sécurité dans le monde, une attention soutenue devra être consacrée à l'avenir aussi au problème de la non-prolifération des armes de destruction massive. Les conflits régionaux ayant des aspects nucléaires ne font qu'accentuer davantage l'effet déstabilisateur de certaines zones de crises.

Dans ces conditions, les piliers du système global de non-prolifération, tels que le TNP, dont la Conférence d'examen sera l'un des événements marquant du calendrier diplomatique de l'année prochaine, ou le Traité sur l'interdiction complète des essais nucléaires, acquièrent une importance supplémentaire. Nous regrettons que ce dernier Traité ne puisse encore exercer son influence favorable sur le processus de désarmement nucléaire et de non-prolifération. Nous voudrions aussi souligner la responsabilité des 44 Etats dont la ratification est indispensable à l'entrée en vigueur de ce document de grande portée. Mon pays, en tant que l'un des Etats en question, a déjà ratifié le Traité et s'est acquitté ainsi de ses obligations. La conférence internationale convoquée en octobre prochain à Vienne pourrait jouer un rôle important dans l'accélération du processus de l'entrée en vigueur de ce document. Nous nous féliciterions si ceux qui ne se sont pas encore joints au Traité y étaient également représentés et si, dans un avenir proche, ils décidaient de le signer et de le ratifier.

Nous insistons aussi sur la nécessité de démarrer dans des délais les plus brefs les négociations visant à élaborer le Traité d'interdiction de la production de matières fissiles à des fins militaires. En ce qui concerne la Convention d'Ottawa sur les mines antipersonnel, son entrée en vigueur pourrait contribuer de manière tangible à la solution des problèmes humanitaires, économiques et sociaux provoqués par l'utilisation massive et irresponsable de ces mines. A ce propos, nous enregistrons avec satisfaction les résultats de la réunion de Maputo. La Hongrie a été l'un des premiers pays à se joindre au processus d'Ottawa et vient d'achever la destruction de ses stocks de mines antipersonnel. Nous formulons l'espoir que cet exemple sera suivi par d'autres pays dans la région. Cela pourra contribuer à l'élimination de tous ces engins meurtriers de la zone de crises située le long de nos frontières du sud.

Dans le domaine de la maîtrise des armements, il convient aussi de mentionner combien il est important d'accélérer les négociations visant à conclure un protocole de vérification annexé à la Convention sur l'interdiction des armes biologiques. Nous estimons que ces négociations pourront s'achever d'ici à l'été prochain. En tant que président du groupe ad hoc chargé d'élaborer un système de vérification, la Hongrie est prête à contribuer à toute initiative politique susceptible d'en promouvoir la mise en place.

Monsieur le Président,

Je ne saurais passer sous silence l'action d'une portée toute particulière, celle qui vise à établir une Cour pénale internationale, institution indispensable à nos yeux pour agir face aux crimes contre l'humanité et aux crimes de guerre. La Cour servira non seulement à traduire devant la justice les personnes accusées d'avoir commis ces crimes graves, mais elle constituera aussi une instance de dissuasion, contribuant ainsi au maintien de la paix et de la sécurité régionales et internationales. Nous espérons que le nombre des signatures et des ratifications du Statut de Rome continuera à s'accroître et que les questions en litige ayant trait à l'acceptation universelle de la Cour seront réglées au plus tôt.

Les actes de terrorisme de ces dernières semaines nous rappellent tristement l'immense défi que représente la lutte contre ce phénomène. Ils mettent en relief l'importance de nouveaux efforts et la nécessité impérative d'une concertation internationale dans ce domaine. Au-delà de l'introduction universelle et la mise en oeuvre intégrale des accords internationaux y relatifs déjà en vigueur, nous souhaitons que cette session de l'Assemblée générale puisse faire avancer les travaux de finalisation des accords internationaux concernant le terrorisme nucléaire et la prévention du financement du terrorisme.

Monsieur le Président,

L'autorité et le prestige de l'ONU dépendent dans une large mesure de la capacité de ses Etats membres de réformer l'organisation. A la lumière de l'expérience de ces dernières années, il est plus qu'évident que ce processus de réforme est une entreprise de longue haleine et sera très vraisemblablement composé de multiples étapes liées entre elles. Les acquis obtenus jusqu'à présent sont des éléments précieux, bien qu'insuffisants, sur lesquels on devra bâtir pour aller plus en avant sur ce long chemin de la transformation et de la revitalisation de l'organisation mondiale, y compris dans le domaine de la réforme du Conseil de sécurité. Ce qui est certain, c'est que tous les Etats membres, sans exception, devront s'y atteler avec un sens d'engagement accru pour arriver à bon port. Nous nous attendons à ce que le Sommet millénaire qui se tiendra l'année prochaine soit en mesure de donner l'élan nécessaire à la poursuite dynamique de la réforme onusienne.

On l'a dit et redit maintes fois, Monsieur le Président, et je le reprends à mon tour: notre tâche primordiale aujourd'hui est de rendre cette organisation unique que sont les Nations Unies capable de préserver les valeurs de notre civilisation dans un 21ème siècle qui s'annonce turbulent. A l'aube de l'an 2000, qui, d'ailleurs, pour nous, Hongrois, est le millénaire de la fondation de notre Etat, il appartient à nous tous, gouvernements, monde des affaires et société civile, de faire de notre planète un lieu décent et habitable pour les générations futures.

Merci, Monsieur le Président.



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