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Intervention de l'Ambassadeur
André Erdős
Démocraties nouvelles ou rétabliesNew York, le 29 novembre 1999
M. le Président,
La Hongrie se félicite de l'intérêt manifesté à l'égard du processus relatif aux démocraties nouvelles ou rétablies et aux activités de suivi qui ont été lancées après la tenue de la 3ème conférence internationale des pays en question. A cet égard, nous tenons à remercier le gouvernement de la Roumanie de son rôle de premier plan dans la coordination de ces activités.
M. le Président,
Pendant la décennie écoulée, des événements importants ont eu lieu dans le monde qui ont considérablement renforcé le processus globale de démocratisation. Cette progression de la démocratie continue encore aujourd'hui, elle a élargi la famille des nations démocratiques par de nouvelle additions où les idéaux de la démocratie viennent de triompher. Un jour, peut-être, pour refléter cette évolution, nous verrons aussi la Charte des Nations Unies combler une lacune assez bizarre, en y incorporant l'expression « démocratie ».
Quant à la zone euro-atlantique, la région de l'Europe Centrale et de l'Est, ou se trouve mon pays, a joué, sans exagération, un rôle capital dans les bouleversements d'il y a dix ans, dans le changement fondamental du paysage politique mondial en faveur de la démocratie. Il n'est pas inutile de rappeler à ce propos que c'est précisément dans cette région de l'Europe que le vieux continent - et j'ose dire, le monde entier -, s'était coupé en deux il y a 50 ans dans des conditions dramatiques. C'est là que nous avions vu s'abattre sur l'Europe un rideau de fer, ligne de séparation qui, par la suite, et pendant plusieurs décennies, venait incarner une confrontation tous azimut idéologique, politique, militaire et économique entre systèmes totalitaires et démocratiques.
Cela fait juste dix ans que la Hongrie, au printemps de 1989, avait démantelé les fils barbelés le long de ses frontières avec l'Autriche et avait ouvert ces frontières quelques mois après, rendant ainsi possible le départ libre et sans entraves vers l'Occident des dizaines de milliers de citoyens de la RDA qui, auparavant, avaient cherché refuge en territoire hongrois. Pour tous ceux qui ont vécu ou suivi ces moments fantastiques et exubérants, c'était bien le commencement de la fin spectaculaire d'une ère qui venait d'être dépasser par l'histoire. Ils présageaient la victoire du modèle démocratique sur un système fossilisé. Ils ont été suivis peu après par l'écroulement du mur de Berlin, symbole physique on ne peut plus aberrant de la guerre froide.
La décennie écoulée a amené à des transformations radicales sur l'échiquier mondial et plus particulièrement dans la partie orientale de l'Europe. Des élections libres et démocratiques se tiennent périodiquement dans la plupart des pays de cette région, l'alternance démocratique y devient une réalité, les institutions fonctionnent selon leur vocations constitutionnelles. Bref, aujourd'hui, l'état de droit fait partie intégrante de la vie de ces pays ou y fait irrésistiblement son chemin.
M. le Président,
Comme nous l'avons souligné sous ce point de l'ordre du jour l'année dernière, force est de constater qu'au-delà de la dynamique globale de la démocratisation, le phénomène de l'Etat policier et de régime autoritaire, l'oppression ou des tentatives ouvertes ou plus subtiles visant à défigurer la démocratie persistent dans certains lieux. Comme le signale le Secrétaire général dans son dernier rapport sur l'activité de l'Organisation, plus de 60% des pays du monde ont aujourd'hui une forme de gouvernement démocratique. Ce qui implique - ajoutons-le - qu'un certain nombre d'entre eux n'en ont pas. D'où la nécessité de poursuivre les efforts qui visent à promouvoir la gouvernance démocratique, dans le respect des conditions particulières de chaque pays, afin que la participation populaire à la gestion des affaires publiques finissent par englober tous les Etats du monde.
M. le Président,
L'expérience que la Hongrie et beaucoup d'autres pays ont vécu pendant ces dix dernières années n'a pas été une entreprise facile ni sur le plan économique, ni dans le domaine social. Il s'agit d'une transition sans précédent qui n'a pas sa pareille dans les relations internationales. Pourquoi? - se demanderait-on. Parce qu'il s'agit de changer, dans un laps de temps incroyablement court, un système de partie unique et d'économie centralisée, implanté depuis fort longtemps, à un système de démocratie parlementaire et d'économie de marché imprégnée des idéaux de justice sociale, changement dont le scénario à suivre était simplement inexistant. En plus, dans le cas de certains pays, il s'agit d'une transformation dans des conditions internationales défavorables, lorsque les pays en question ou leur voisinage immédiat subissent les effets des guerres, de la démagogie nationaliste, des dévastations matérielles et des sanctions économiques. De surcroît, les pays en transition doivent faire face chez eux à de nouveaux défis, tels que le crime, la corruption, les différentes manifestations de l'intolérance qui ne facilitent guère une évolution sans problèmes. A cet égard, la Hongrie a beaucoup profité de l'expérience internationale, plus particulièrement des négociations d'accession à l'Union européenne qui sont, en effet, une longue série d'études approfondies sur la situation de chacun des pays qui désirent se faire admettre à cette intégration européenne, études qui couvrent une gamme très étendue de questions à partir des droits de l'homme, de l'environnement, de l'éducation et de l'emploi, à travers les affaires sociales et jusqu'à la lutte contre la corruption et les stupéfiants.
On apprend assez vite que la conception sociale appelée « démocratie » n'est pas une structure parfaite ou les choses se mettent à leur place avec une aise évidente. Cette conception est loin d'être paternaliste, et exige de chacun et de chacune un esprit d'entreprise et de participation à tous les niveaux de la société. Néanmoins, en tant que pays qui a eu à faire face à tous ces défis et difficultés, nous voulons proclamer du haut de cette tribune que les acquis que nous donne et les perspectives que nous offre cette transition valent bien l'enjeu: la solidité de notre système démocratique, la stabilité sociale, l'essor économique et une coopération constructive avec nos voisins démocratiques.
M. le Président,
Cette année encore, la Hongrie a le plaisir de co-parrainer les projets de résolution A/54/L.23 et A/54/L.33 qui viennent d'être introduits par le Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères de la Roumanie, car ils traduisent, après la fin d'un monde bipolaire, dans une période de mondialisation vertigineuse et au seuil d'un nouveau millénaire, le message universel de l'importance de la gouvernance démocratique. Nous espérons qu'à la suite de consultations ultérieures, nous allons tous trouver un terrain d'entente concernant le code de déontologie démocratique. Nous nous félicitons de la décision du gouvernement du Bénin d'organiser la 4ème conférence des démocraties nouvelles ou rétablies l'année prochaine à Cotonou, et nous sommes confiants de la réussite des travaux qui nous attendent - après l'Asie, l'Amérique et l'Europe - cette fois-ci en Afrique, ce grand continent qui se trouve maintenant véritablement engagé dans cette grande mouvance vers la démocratie.
Merci, M. le Président.