Déclaration

de l'Ambassadeur André Erdõs

à la Troisième Commission
Élimination du racisme et de la discriminaiton raciale

New York, le 21 octobre 1999


M. le Président,

La délégation de la Hongrie s'associe pleinement à la déclaration de l'Union Européenne concernant les questions de l'élimination du racisme et de la discrimination raciale, ainsi que le droit des peuples à l'autodétermination. Vu son histoire, son héritage socio-culturel et sa situation géopolitique, mon pays mesure à sa juste valeur l'importance et la signification de la lutte contre toutes les formes de discrimination. Il a vécu les violences, les dévastations et la misère aussi bien matérielle que psychologique provoquées par l'intolérance, le nationalisme agressif, l'ethnocentrisme, la démagogie sans scrupules dans la vie des peuples de l'Europe Centrale et de l'Est au cours de ce siècle.

Comme l'a souligné la déclaration de l'Union Européenne, dans le contexte du processus de son élargissement, l'Union prête une attention particulière aux problèmes relatifs à la discrimination, en proposant, entre autres, une série de mesures destinées à combattre le racisme dans les pays candidats à l'entrée. Nous ne saurions sous-estimer l'importance des actions qui restent encore à entreprendre pour améliorer un état de choses qui est manifestement peu conforme aux exigences établies pour l'admission. Les perspectives d'entrée dans l'Union Européenne constituent un véritable moteur des changements et de réforme dans les pays candidats. A nos yeux, c'est là l'un des grands avantages du processus d'intégration en cours sur le continent européen.

M. le Président,

Ma délégation prend la parole aujourd'hui pour mettre en relief le danger des manifestations d'intolérance et de xénophobie qui, malheureusement, font encore partie des réalités européennes d'aujourd'hui. Et cela, en dépit des efforts au niveau global, mais aussi régional et national, qui sont entrepris pour combattre ces fléaux. L'un des problèmes en présence est lié à la situation des Gitans ou Roma en Europe Orientale qui, comme l'indique le rapport du Secrétaire Générale sous ce point de l'ordre du jour, sont sujets à diverses formes de discrimination dans l'attitude de la société et de certaines autorités à leur égard, dans l'éducation, l'emploi, le logement, l'expression de leur culture, etc.

Le discours que nous avons entendu ce matin au nom du Rapporteur spécial de la Commission des droits de l'homme sur les formes contemporaines du racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l'intolérance qui y est associée a également fait référence aux problèmes qui, comme le discours lui-même a constaté, existent dans ce domaine dans presque tous les pays européens. Il a traité plus particulièrement de la situation y relative dans trois d'entre eux.

En ce qui concerne la Hongrie, l'un des pays mentionnés, le problème reste posé dans toute son actualité. Il faut dire sans détours que la situation des Roma - qui sont au nombre d'à peu près 500.000 sur une population globale d'un peu plus de 10 millions - est l'un des problèmes brûlants auxquels nous sommes confrontés actuellement. La persistance des préjugés, les tensions qui existent et, parfois, les atrocités qui sont commises à l'égard des Roma soulèvent des dilemmes politiques graves. Il existe un danger réel pour que les forces politiques extrémistes soient de plus en plus tentés de faire des Roma les boucs émissaires de tous les maux du pays. Ce qui rend la situation encore plus complexe c'est qu'à la suite du changement fondamental du système politique et de la transformation économique du pays, 60% de la population gitane a perdu son emploi, tandis que parmi les non-Roma ce pourcentage n'est que de 10-12%. 30 à 40% de ceux qui ne sont plus en mesure d'assurer leur subsistance quotidienne sont des Roma. Avec les difficultés socio-économiques de la transition, on risque de condamner la plupart des Roma à un statut de grands perdants à long-terme. Dans le même temps, le phénomène de la ségrégation dans les localités et les écoles met en danger les chances de coopération entre la prochaine génération de la population gitane et le reste de la société hongroise.

M. le Président,

Le gouvernement hongrois est pleinement conscient des défis que représentent pour le développement économique et social du pays les problèmes liés à la situation des Roma. Il faut admettre que l'intégration sociale de cette population ne peut être réalisée à brève échéance. Un ensemble de mesures à moyen-terme avec des plans d'action annuels vient d'être approuvé par le gouvernement au mois de mai dernier. Un Comité interministériel pour les affaires des Roma a été créé afin de coordonner le travail des différents ministères en la matière. En outre, une stratégie gouvernementale à long-terme visant l'amélioration des conditions de vie et du statut social des Roma est en train de se mettre en place avec un délai fixé au 15 septembre de l'année prochaine. Un expert international délégué par le Conseil de l'Europe auprès des instances compétentes du gouvernement suit actuellement l'élaboration de cette stratégie à laquelle contribuera également un nombre important d'experts, de chercheurs et de représentants de la population gitane elle-même. Il faut souligner que le partenaire privilégié du gouvernement dans ses efforts de trouver des réponses adéquates à la multitude de questions posées dans ce domaine est l'Organe d'administration autonome des Roma. Le département gouvernemental chargé des questions liées aux Roma, le Bureau pour les Minorités Nationales et Ethniques, maintient des contacts réguliers avec les organisations sociales gitanes. Il a créé à cette fin deux nouveaux comités consultatifs, à savoir le Conseil pour l'Art et la Culture Roma et le Forum Civique Roma, comités composés des représentants de la population gitane de Hongrie. Le Centre national gitan d'Information et de Culture créé l'an dernier et des fondations publiques y jouent un rôle considérable.

M. le Président,

Grâce à ces mesures, on constate actuellement une participation plus active des Roma dans la gestion des affaires publiques qui s'est manifestée lors des récentes élections locales et que l'on constate par l'accroissement du nombre des organes d'administration autonomes des Roma au niveau local.

Nous estimons que la question des Roma, tout comme toute autre question liée à la situation des minorités, ne peut être traitée efficacement que par le biais d'une approche globale qui ne perd pas de vue les ramifications régionales du sujet. Dans ce contexte, les organisations régionales telles que le Conseil de l'Europe, OSCE ou l'Union Européenne sont appelées à jouer pleinement leur rôle. L'Europe de demain devra être un continent uni dans ses valeurs et aspirations et diversifié dans sa composition ethnique, religieuse ou linguistique, ainsi que dans ses traditions et coutumes.

M. le Président,

La Hongrie attend avec intérêt la Conférence mondiale contre le racisme et la discrimination raciale qui devra être, comme nous l'espérons, un événement mobilisateur pour la lutte contre ces phénomènes. Nous nous félicitons de la visite que le Rapporteur spécial vient d'effectuer en Hongrie fin septembre afin d'examiner avec le gouvernement et les ONG les mesures qui pourraient être prises pour mieux protéger la minorité gitane. Nous étudierons avec soin son rapport et comptons faire usage de ses recommandations. Nous aimerions assurer le Rapporteur spécial de notre disponibilité continue à coopérer avec lui dans un esprit d'ouverture pour faciliter l'intégration progressive à la société de cette communauté vulnérable. Pour ce faire, une large collaboration entre les autorités et l'opinion publique aussi bien Roma que non-Roma sera indispensable.

M. le Président,

Ma délégation a tenu à faire part à la Commission de ces quelques considérations concernant un problème qui a focalisé dernièrement l'attention et qui exige incontestablement une action sociale, économique et culturelle conséquente, bien coordonnée et de longue haleine, action qui contribuera sans aucun doute à la lutte universelle contre toutes les formes d'intolérance.

Merci, M. le Président.



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