Interpretation in English

Discours
de
S. E. M. János Martonyi,
Ministre des Affaires Etrangères
de la République de Hongrie

devant la 53ème session ordinaire
de l'Assemblée Générale des Nations Unies

New York, le 29 septembre 1998

M. le Président,

Permettez-moi de joindre ma voix à celles des autres intervenants et de vous féliciter à l'occasion de votre élection à la Présidence de la 53ème session de l'Assemblée Générale. Votre expérience et votre sagesse vont sans aucun doute nous être très utiles dans la conduite efficace de nos travaux. J'aimerais également rendre hommage à votre prédécesseur, M. Hennady Oudovenko d'Ukraine, pour la précieuse contribution qu'il a apportée à l'oeuvre de cette organisation et à son processus de réforme.

M. le Président,

Après l'euphorie qui a suivi la fin de la guerre froide, une période de frustration et de désillusion s'était installée. Il n'a pas été toujours facile, donc, de rester optimiste tout en vivant la réalité quotidienne. En fait, les transformations profondes qui ont secoué le monde l'avaient trouvé peu préparé à traiter les défis anciens et nouveaux. Dernièrement, des événements qui ont ébranlé l'environnement sécuritaire et économique international sont venus nous rappeler les complexités de la période post-bipolaire en mettant en exergue les effets multiples, parfois défavorables, du processus irrésistible de globalisation qui se développe aux quatre coins du monde. Ce processus, pour être en mesure d'endiguer les effets néfastes qui l'accompagnent, exige le renforcement du multilatéralisme, l'approfondissement de la coopération internationale afin de pouvoir résoudre les différents problèmes, souvent de caractère sans précédent, qui confronte l'humanité à l'aube du 21ème siècle.

Dans cette entreprise, les Nations unies ne seront ni un gouvernement mondial, ni un spectateur passif. Elles resteront une organisation unique avec des responsabilités spéciales pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Elles continueront à être un forum global de négociations en vue de formuler des normes et des règles consensuelles dans les domaines les plus variés de l'activité humaine pour faciliter notre adaptation aux exigences d'une nouvelle ère.

Notre monde contemporain est caractérisé par des développements préoccupants: des conflits sanglants, des actes terroristes, le crime organisé, des haines ethniques ressuscitées, des tentatives à circonvenir ou à affaiblir des régimes de non-prolifération, des violations des droits de l'homme engendrant des exodes de réfugiés, des problèmes liés aux stupéfiants, un écart inquiétant entre les niveaux de développement économique et social des différentes parties du monde, la dégradation de l'environnement, des questions démographiques et beaucoup d'autres sujets et dilemmes de nature véritablement globale. Malgré les revers probables qu'elle subira dans l'avenir dans l'accomplissement de sa mission, l'organisation mondiale restera le centre de mobilisation, à l'échelle mondiale, des efforts pour préparer les peuples des Nations unies à relever les défis qui les attendent.

Afin d'assurer le succès de cette opération, nous tous, nous devons faire des efforts sérieux et soutenus pour redonner de la vigueur au processus de réforme à l'ONU et préserver son dynamisme. Les difficultés ne sauraient nous décourager de la recherche de ce qui est possible et faisable, tout en ayant à l'esprit et en travaillant pour la réalisation de ce qui est souhaitable. Nous voudrions réitérer du haut de cette tribune notre engagement à promouvoir la revitalisation de notre organisation et la réforme du Conseil de sécurité. Notre position n'a pas changé en ce qui concerne l'accroissement du nombre des membres du Conseil. Nous continuons à préconiser l'expansion du Conseil dans toutes les deux catégories, permanente aussi bien que non-permanente, et l'inclusion, entre autres, de l'Allemagne et du Japon dans la catégorie de ses membres permanents. Puis-je ajouter, en parlant de la réforme de l'ONU, que des mesures d'ordre organisationnel et structurel, pour être efficaces, devraient être accompagnées d'efforts visant à la stabilité financière de l'organisation.

M. le Président,

La transition de dimensions historiques qui a eu lieu en Hongrie au cours de la décennie écoulée a été, sur le plan intérieur, une expérience complexe et difficile pour la population du pays. Après avoir traversé cette période éprouvante et se basant sur le développement prometteur du pays, notre peuple a besoin aujourd'hui d'être rassuré quant à son avenir. Il souhaite voir s'épanouir un renouveau moral et social dans le pays et en bénéficier. Sur le plan extérieur, le nouveau gouvernement hongrois continue à fonder sa politique sur les mêmes principes que ses prédécesseurs depuis 1990, l'année de l'instauration d'un régime démocratique en Hongrie. Il s'inspire des intérêts nationaux du pays, ainsi que des valeurs qu'il partage avec ses partenaires des deux côtés de l'Atlantique. Il a l'intention de demeurer un facteur de stabilité et de sécurité dans la région de l'Europe centrale. Ensemble avec ses futurs alliés aux sein de l'OTAN et ses partenaires de l'Union européenne, il se tient prêt à contribuer aux efforts de la communauté des nations visant à faire respecter les obligations internationales et, si besoin est, à prendre des mesures efficaces pour s'opposer aux actions qui défient sa volonté légitime.

Nos efforts qui visent à ce que la Hongrie rejoigne les structures d'intégration euro-atlantique sont motivés par notre quête de sécurité et de prospérité économique, et aussi par ce désir émotionnel de voir se réaliser, après une séparation longue et imposée, les retrouvailles historiques avec le reste de l'Europe. Ces aspirations sont en pleine conformité avec les buts et les principes des Nations unies. Non seulement elles ne contredisent, mais elles complètent et enrichissent de manière fort heureuse nos présentes activités au sein de l'organisation mondiale. Elles sont de nature à renforcer notre participation concrète aux diverses activités onusiennes. En devenant membre de ces structures d'intégration, la Hongrie ne se déplacera évidemment pas sur la carte, elle ne sera pas transportée vers une autre étoile. Elle restera partie intégrante de notre planète, partageant avec les autres nations, grandes et petites, riches et pauvres, les côtés brillants aussi bien que sombres de la globalisation.

Ainsi, les problèmes tels que la criminalité et le terrorisme internationaux, la prolifération des armes, le trafic des stupéfiants, les questions relatives à la migration ou la pollution de notre environnement, tous ces phénomènes affectent mon pays également et exigent des actions aux niveaux national, régional et international. Ils peuvent mettre en péril les structures institutionnelles de la démocratie et paralyser la stabilité économique et sociale dans un pays donné et bien au-delà. Le regain d'activité dont on est témoin dans le domaine des actes de terrorisme devra ainsi renforcer la détermination de la communauté des nations à instaurer une coopération internationale de la plus grande envergure afin de pouvoir combattre ce fléau par les moyens les plus efficaces. Le centre de ces opérations devra être l'ONU qui assurera à ces efforts un caractère cohérent et véritablement universel.

M. le Président,

La Hongrie attache une grande importance au développement et à l'approfondissement de la coopération régionale et sous-régionale avec ses voisins. L'instauration de la stabilité et l'épanouissement de la démocratie dans son voisinage lui sont d'un intérêt vital. Elle considère les diverses formes de collaboration régionale et sous-régionale comme des outils précieux et irremplaçables pour atteindre ces objectifs. Elle est prête à continuer à y participer activement. Il est à noter que l'une des forces motrices de l'introduction dans les pays de la région des mesures positives en faveur du progrès socio-économique est précisément leur désir commun de rejoindre les structures de l'intégration euro-atlantique. La Hongrie s'est déclarée à maintes reprises en faveur de ces aspirations qu'elle ne cessera d'appuyer.

Dans ce contexte, nous considérons que le respect de l'état de droit, les garanties institutionnelles de la pleine jouissance des droits de l'homme, y compris de ceux des minorités nationales, ne sont pas seulement une condition fondamentale nécessaire à l'appartenance à ces structures d'intégration. Ils sont aussi un facteur indispensable et essentiel à l'établissement d'une paix sociale à l'intérieur même des pays.

En parlant de la partie orientale de notre continent, je soulignerais que, d'une part, il est impossible de transformer cette région avec son héritage historique mouvementée, où des communautés ethniques différentes ont cohabité pendant des siècles, en une zone de tranquillité et de prospérité, il est inconcevable de guérir les blessures profondes causées par le nationalisme agressif, sans la prise en compte des aspirations légitimes des minorités nationales et de leur souhait de se préserver comme communautés et porteurs d'un patrimoine national spécifique, conformément aux normes adoptées par les organisations internationales compétentes et à la pratique des états démocratiques. D'autre part, nous nous opposons résolument à la politique de nettoyage ethnique, de séparation forcée et à la création d'une nouvelle sorte de ségrégation ethnique ou religieuse en Europe à l'aube d'un nouveau siècle.

M. le Président,

La Hongrie est profondément préoccupée par la détérioration de la situation au Kosovo. Elle partage le point de vue selon lequel sans un engagement international résolu, ce conflit risque de se répandre avec des conséquences incalculables pour la région et toute l'Europe. Par conséquent, nous appuyons les efforts qui visent à arrêter ce conflit dans les meilleurs délais par des moyens pacifiques et politiques. Nous estimons que la résolution 1199 (1998) du Conseil de sécurité peut en préparer le terrain. La Hongrie formule l'espoir que des négociations substantielles commencent sans tarder entre les parties qui conduisent à un règlement durable et qui accorde une large autonomie au Kosovo, tout en préservant l'intégrité territoriale de la République Fédérale de Yougoslavie. A cet égard, la Hongrie souligne la responsabilité primordiale que portent les autorités yougoslaves dans la recherche de la paix et d'une solution démocratique. Les Balkans ont suffisamment souffert pour que la communauté internationale permette l'escalade de la violence, le retour de la terreur et l'impunité des actes de violation des droits de l'homme. Mon pays se tient prêt, dans la mesure de ses possibilités, à contribuer aux activités de la communauté internationale afin d'instaurer une stabilité à long-terme et à établir l'état de droit dans cette région.

Nous suivons aussi avec une attention particulière les développements en Bosnie-Herzégovine. Notre objectif premier est de voir la mise en oeuvre intégrale des Accords de Dayton. Pourtant, nous devons nous rendre à l'évidence que le processus envisagé dans ces Accords, après les années ensanglantées de barbarisme et d'intolérance, pourrait s'avérer plus fragile and plus prolongé qu'on ne le croyait et l'emprise des attitudes ethnocentriques et exclusivistes plus enracinée qu'on ne le pensait. Ceci dit, nous prenons une part active dans l'entreprise internationale qui vise à aider ce pays à se remettre sur pied et à s'assurer que les années terribles d'agression et de guerre atroce ne reviennent plus.

M. le Président,

Nous commémorons cette année la 50ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Même si la commémoration de la naissance de ce document fondamental se prête à l'organisation des festivités, il importe aussi que de nouvelles mesures soient prises en vue de la mise en application des normes universelles contenues dans la Déclaration, afin que les Nations unies puissent, en tout temps et en tout lieu, non seulement offrir une lueur d'espoir, mais qu'elles soient aussi un instrument efficace au service de tous les victimes des violations des droits de l'homme. L'établissement d'un mécanisme onusien pour la protection internationale des droits de l'homme et des libertés fondamentales est l'une des grandes réalisations de la communauté internationale qui découle en droite ligne de la Déclaration Universelle. Dans ce contexte, nous nous félicitons de l'existence de l'institution du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l'Homme et de la création, après tant d'efforts, de la Cour Pénale Internationale.

Or, des abus graves à grande échelle continuent à être commis dans le monde dans le domaine des droits de l'homme. Nous sommes témoins d'atteintes à la liberté des individus et des communautés, de pratiques discriminatoires brutales ou plus subtiles, y compris pour des raisons d'origines nationales ou religieuses. Cela nous amène à nous poser la question fondamentale, à savoir si la communauté internationale a fait tout ce qu'il fallait pour prévenir ces événements à temps, en utilisant tous les moyens dont elle dispose? Je crains que la réponse ne soit négative.

Lier la paix et la justice, réconcilier les exigences politiques et les considérations morales ont toujours été un défi d'une extrême difficulté. Néanmoins, si on veut que la paix soit durable et qu'elle soit solidement implantée, elle devra être soutenue et renforcée par la démocratie, la légalité, un système de gouvernement responsable et transparent. C'est la raison pour laquelle nous appuyons l'introduction de l'élément des droits de l'homme dans toutes les sphères d'activité de l'ONU, y compris dans les opérations de maintien de la paix. Et c'est pourquoi nous insistons pour que ceux qui sont accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité dans les différents conflits, des Grands Lacs jusqu'à l'ex-Yougoslavie, soient traduits en justice. Les mesures prises en ce sens méritent l'appui de tous les membres de notre organisation.

M. le Président,

Nous ne pouvons pas nous permettre de nous détourner des situations graves qui persistent dans beaucoup de régions de notre planète où les turbulences politiques, les crises financières et les catastrophes naturelles rendent l'existence humaine extrêmement précaire et pénible. Les Nations unies ne sauraient ignorer ces problèmes brûlants. Nous saluons l'attention justifiée portée à l'Afrique au sein de notre organisation et à la recherche de solutions à ses difficultés. Notre monde se rétrécit de plus en plus. Par conséquent, la prise de conscience des préoccupations planétaires et la solidarité humaine doivent devenir des exigences impératives. Car l'enjeu aujourd'hui est l'avenir de notre civilisation et la qualité de la vie des générations futures sur cette terre. Nous ne devons pas laisser passer l'occasion offerte par la fin du siècle sans décider de la manière dont on voudra améliorer le sort du genre humain. Les Nations unies sont bien le lieu le plus approprié pour trancher, sans plus tarder, les questions cruciales que confronte l'humanité.

Merci, M. le Président.



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