Interpretation in English



DÉCLARATION
DE L'AMBASSADEUR ANDRÉ ERDÕS,
REPRÉSENTANT PERMANENT DE LA RÉPUBLIQUE DE HONGRIE

SUR LA SITUATION EN BOSNIE-HERZÉGOVINE
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

Point 41 de l'ordre du jour

NEW YORK, LE 30 NOVEMBRE 1998



        M. le Président,

        La Hongrie s'associe à la déclaration faite par l'Ambassadeur de l'Autriche au nom de l'Union européenne. Elle se félicite des résultats positifs, parfois spectaculaires, obtenus en Bosnie-Herzégovine dans le cadre du processus de paix. En même temps, elle estime que les acquis de ce processus ne sont pas encore suffisants pour pouvoir considérer cette entreprise internationale de grande envergure comme terminée. Il nous reste, en effet, à atteindre des objectifs non-négligeables, y compris dans le domaine du retour des réfugiés et des personnes déplacées. Dans quelques jours, le Conseil de la mise en oeuvre de la paix se réunira pour sa session annuelle et déterminera les nouvelles priorités à court et à long-terme des activités internationales en Bosnie-Herzégovine. Le retour des réfugiées, l'arrestation des criminels de guerre toujours en liberté et la coopération avec le Tribunal sur l'ex-Yougoslavie, ainsi que la situation économique en Bosnie-Herzégovine continueront à recevoir, sans doute, une attention particulière.

        L'assistance internationale multiforme à la Bosnie-Herzégovine reste encore indispensable. Sur le fond des événements dramatiques qui ont eu lieu dans ce pays, on ne saurait se décourager face aux défaillances et difficultés de tous ordres qui surgissent dans la voie de la reconstruction nationale. Nous croyons qu'il faut rechercher inlassablement les modalités et initiatives qui rendent plus efficace cette collaboration internationale sans précédent. Se résigner aux problèmes ne ferait que jouer le jeu des ennemies de la réconciliation qui sont encore parmi nous, qui n'ont pas encore abandonné leurs desseins d'hier, qui s'alimentent des réflexes et instincts d'un nationalisme agressif ou qui s'appuient sur des intérêts égoïstes. Ceci dit, il faudra se concentrer dorénavant encore plus sur la création d'une économie qui, dans un proche avenir, se passerait d'une telle assistance étrangère et serait en mesure d'assurer l'essor durable du pays.

         La réconciliation et la cohabitation démocratique ne sont pas une chose acquise d'avance. Ce qui est absolument impératif à ce titre, c'est la coopération de la Bosnie-Herzégovine, de ses deux entités et des trois communautés ethniques entre elles-mêmes et avec le concert des nations. Ce n'est ainsi que la contribution de la communauté internationale pourrait avoir un sens et jouer le rôle qui lui est propre. L'un des piliers fondamentaux de la réconciliation reste l'arrestation et la condamnation des criminels de guerre. On ne saurait passer sous silence dans ce contexte les manquements graves dans le domaine de la coopération avec le Tribunal sur l'ex-Yougoslavie. Cette question a été au centre des débats il y a quelques jours dans cette même enceinte et le projet de résolution présenté sous ce point de l'ordre du jour en parle avec la vigueur nécessaire, en indiquant aussi explicitement les responsables qui sont à l'origine de ces manquements.

        M. le Président,

        Derrière les résolutions, décisions et autre documents que nous adoptons ici à l'ONU, au-delà des formulations textuelles que nous élaborons avec tant de soin, se trouvent des réalités parfois très dures et cruelles de notre monde contemporain. Parlant de Srebrenica, sujet mentionné dans le projet de résolution qui nous a été soumis, permettez-moi d'évoquer les souvenirs d'une visite que j'avais faite dans cette localité, en tant que membre d'une délégation du Conseil de sécurité, vers la fin du mois d'avril 1993.

        Srebrenica, sa population gonflée de plusieurs fois à la suite des vagues successives de réfugiés, était déjà à l'époque une ville encerclée et assiégée. La délégation y était allée, quelques jours après l'adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 819 par laquelle Srebrenica avait été proclamée zone de sécurité, pour témoigner de la solidarité à l'égard de la ville et pour mettre en relief l'attention avec laquelle la communauté internationale suivait les événements autours de Srebrenica. Nous étions entrés en ville dans des véhicules blindés de transport de troupe peintes en blanc, aux couleurs de la FORPRONU. Vêtus de gilets pare-balles et coiffés de casques bleus, nous regardions, non sans émotion, les centaines de personnes qui longeaient notre route et qui applaudissaient au spectacle d'un convoi international, symbole - à leurs yeux - de protection et de libération. Me trouvant dans une de ces véhicules et voyant tous cela, je m'étais rappelé les scènes d'actualités vues au cinéma sur l'entrée en 1944-45 des chars et des troupes alliés dans des villes et villages libérés de l'occupation nazie et sur l'accueil enthousiaste de la foule. Et je me rappelle que, soudain, un sentiment lancinant m'avait saisi, me rendant compte qu'on n'était point des libérateurs, qu'on n'avait pas les moyens de dissiper les inquiétudes et mettre un terme aux angoisses que ressentait une population menacée de tous côtés, démunie de toutes conditions d'existence normale. A ce moment-là, je pouvais, certes, mesurer l'importance politique et psychologique de la présence onusienne dans cette ville, mais, ne connaissant pas encore la suite de cette histoire, j'hésitais à me former une opinion sur l'avenir qui attendait ces gens et cette charmante petite localité perdue dans les montagnes printanières ou tout rayonnait la paix, la tranquillité, la renaissance de la nature. Le contraste entre la beauté naturelle du lieu et les chars, les fusils, les casques qui n'avaient rien de commun avec cet environnement idéal était époustouflant, choquant, à peine croyable.

        Aujourd'hui, je connais - nous connaissons - la fin de cette histoire qui était aussi la fin de la vie des milliers de personnes que nous, envoyés de l'ONU, nous avions vu, à qui nous avions parlé et qui nous avaient reçu - hélas! sans raison - en libérateurs. L'histoire des zones de sécurité de l'ONU, de ce qui est advenu à la Bosnie et à ces villes étranglées, nous commande à attribuer une importance particulière à la disposition du projet de résolution concernant un rapport complet sur les événements de Srebrenica, aux efforts visant à jeter de la lumière sur ce qui s'était passé dans cette localité bosniaque et à tirer les conclusions qui s'imposent.

        M. le Président,

        La Hongrie a coparrainé le projet de résolution A/53/L.55 et espère le voir adopté sans vote par l'Assemblée générale. Nous autres, hongrois, nous sommes vitalement intéressés, aussi en tant qu'Etat limitrophe, à voir la stabilité en Bosnie-Herzégovine retrouvée, son développement économique assuré et les théories et pratiques de l'intolérance qui a causé tant de ravages matériels aussi bien que psychologiques, vaincue et remplacée par la coexistence et la coopération harmonieuses entre tous les citoyens de ce pays, dans un cadre démocratique, au sein des institutions communes, dans la pleine égalité des droits et sans égard à leurs origines ethniques, religieuses ou linguistiques.

        Merci, M. le Président.



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