Interpretation in English

M. le Président,


La Hongrie s'est jointe à la déclaration faite par la Présidence de l'Union européenne concernant le problème du Kosovo. Comme toute la communauté internationale, elle suit avec une attention particulière les événements graves qui ont lieu dans la République fédérative de Yougoslavie. En tant que pays voisin, elle se sent de plus en plus préoccupée devant l'évolution de la situation au Kosovo. La tension dans cette région de la Yougoslavie, une nouvelle source de déstabilisation inquiétante, est d'autant plus dramatique qu'ailleurs dans le voisinage, en Bosnie-Herzégovine, on assiste à une consolidation politique et économique fort heureuse du pays, et en Croatie, on voit le processus de la réintégration pacifique de la Slavonie Orientale s'avancer avec succès.

Il importe de souligner que les raisons de la crise au Kosovo ne datent pas d'hier, que leur traitement fait défaut depuis fort longtemps. Les autorités de la République fédérative de Yougoslavie auraient dû prendre des mesures nécessaires beaucoup plus tôt pour prévenir l'exposion actuelle de la violence. Les manquements répétés dans ce domaine ont conduit à une situation qui risque d'embraser toute cette région déjà trés volatile.

M. le Président,

La Hongrie considère le Kosovo comme partie intégrante de la République fédérative de Yougoslavie. Elle estime que ce n'est que sur la base de ce principe qu'on peut procéder au règlement de l'avenir de cette région. De l'autre côté, il importe aussi de trouver une solution durable à la question du statut du Kosovo, aux problèmes liés à la mise en oeuvre des droits de l'homme de la communauté albanaise qui y habite depuis des siècles. Nous pensons que c'est précisément l'absence, au fil des années, d'une attention appropriée à l'égard des droits des minorités et de leur demandes légitimes qui a mené à la situation actuelle. Ceci dit, nous condamnons le recours à la violence et au terrorisme pérpétrés par qui que ce soit, actes qui ne sont guère susceptibles de calmer les esprits et montrer le chemin d'une véritable solution.

Les modalités des arrangements relatifs au statut du Kosovo dépendront, certes, des résultats d'un dialogue substantiel dont nous souhaitons le début, sans plus tarder, entre les autorités de Belgrade et les représentants des albanais de Kosovo, avec une participation extérieure. Ces résultats, pour qu'ils soient acceptables aux deux parties, devront être conformes aux normes établies par les différents documents internationaux y relatifs. Entretemps, le travail patient, mais systématique en vue d'introduire le plus grand nombre possible de mesures de confiance, afin de créer un climat propice à un tel dialogue, devra se poursuivre sans relâche. C'est la raison et non pas l'impulsion aveugle de part et d'autre qui doit l'emporter.

M. le Président,

La Hongrie ne saurait accepter qu'on traite le problème du Kosovo comme une affaire exclusivement intérieure. Cette thèse ne mériterait même pas à être évoquée ici si les conflits récents dans cette partie de l'Europe n'avaient pas atteint des dimensions aussi effroyables. Avec la tragédie sanglante qui y a déferlé sur les peuples, les 200.000 tués et les 2 millions d'exilés, je ne pense pas devoir m'y étendre trop longtemps. Notre tâche essentielle, ici à l'ONU et dans d'autres enceintes multilatérales, consiste précisément à empêcher la dégénération des événements au Kosovo, à l'exemple de ce qui est advenue à la Bosnie-Herzégovine.

Pour ce faire, il faut que le gouvernement de la Yougoslavie admette la futilité des arguments contre les offres d'assistance de la communauté internationale. Il faut que Belgrade regarde en avant et non pas en arrière, qu'il fonde sa politique non pas sur des événements d'hier, sur d'anciennes rancoeurs historiques dont chacun de nous en Europe, y compris en Europe Centrale et de l'Est, nous sommes tous porteurs, mais sur une vision de demain, sur l'interdépendance et la cohabitation des communautés d'origines ethniques et religieuses différentes. Il importe que les autorités yougoslave se mettent à la table des négociations avec les représentants de la communauté albanaise de Kosovo pour régler, pacifiquement et politiquement, les problèmes qui s'y posent. Il est indispensable qu'elles permettent le retour en Yougoslavie des missions de longue durée de l'OSCE et qu'elle reconnaissent, non seulement en paroles, mais aussi dans les faits, l'importance du plein respect des droits des minorités et de la participation de celles-ci à la vie publique, élément de grande portée pour pouvoir endiguer la vague de violence et le terrorisme qui se répandent au Kosovo. Ce faisant, le gouvernement de la Yougoslavie devra admettre logiquement qu'il se doit d'accorder aux communautés ethniques non-serbes vivant en Yougoslavie des droits similaires à ceux qu'il revendique lui-même aux populations serbes vivant en dehors de son territoire.

M. le Président,

Pour qu'on puisse sortir de la crise, il faut éviter les pièges des émotions nationalistes anti-albanaises, mais aussi anti-serbes qui ne font qu'envenimer la situation au Kosovo. Au lieu de faire des promesses et des concessions dans des questions d'ordre secondaire, il faudra dorénavant se pencher sur les vraies questions et les sujets de première importance, et cela sans délai et sans tergiversations. Nous nous félicitons dans ce contexte de certains progrès accomplis tout récemment. Ce n'est qu'ainsi aussi que la Yougoslavie pourra améliorer sa position internationale. En tant que pays directement affecté par la situation le long de nos frontières, et ayant auparavant entretenu avec notre voisin du sud de fructueuses relations, nous osons espérer que le jour n'est pas trop éloigné quand nous serons en mesure d'accueillir dans les instances internationales une République fédérative de Yougoslavie en paix avec elle-même et avec les différentes communautés ethniques ou religieuses vivant sur son territoire.


La résolution que le Conseil de Sécurité vient d'adopter aujourd'hui permettra d'engager le processus nécessaire à l'identification des éléments d'une solution politique à long-terme pour le Kosovo.

Merci, M. le Président.



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