Discours de
S.E. M. Janos Martonyi,
Ministre des Affaires
Étrangères de la République de Hongrie
devant la 55ème session
ordinaire
de l’Assemblée Générale des
Nations Unies
New York, le 16 septembre 2000
M. le Président,
J’aimerais vous
présenter mes sincères félicitations pour votre élection au poste de Président
de cette 55ème session de l’Assemblée générale située à cheval entre deux
millénaires, et vous assurer de l’entière coopération de ma délégation. Je
voudrais également rendre hommage à votre prédécesseur, M. Théo-Ben Gurirab
pour la précieuse contribution apportée aux travaux de cette Assemblée, ainsi
qu’aux préparatifs du Sommet du Millénaire.
Lors de ce Sommet, il y
a à peine une semaine, les Chefs d’Etats et de gouvernements
des États-membres des Nations Unies ont adopté une Déclaration. Les
engagements et les objectifs concrets qui y sont contenus représentent un défi
complexe. Leur mise en œuvre exige des efforts soutenus de la part de chacun
des membres de la communauté internationale. Ce faisant, nous devons, grands et
petits, riches et pauvres, garder à l’esprit la responsabilité commune qui nous
incombe pour l’avenir de notre civilisation.
Or, le rapport du
Secrétaire général sur le Millénaire et la Déclaration qui s’en inspire
reflètent on ne peut plus éloquemment les tâches et les exigences, mais aussi
les angoisses et les craintes auxquelles notre planète est confrontée, et ils le
font à un moment opportun, au seuil de nouveau millénaire. En s’attelant à la
réalisation de ce grand programme d’action, nous serons en mesure d’engager un
processus indispensable au traitement des problèmes globaux, de plus en plus
insistants, qui se présentent à nos portes.
L’un des grands enseignements de la décennie écoulée, et aussi du Sommet
du Millénaire, est qu’avec la disparition du monde bipolaire, la confrontation
Est-Ouest vient d’être remplacée par les problèmes Nord-Sud. Nous estimons
qu’il faut tout faire pour que ce clivage ne se fossilise pas et que ne se
perpétuent outre mesure les problèmes et difficultés y relatifs. Le rapport du
Secrétaire général sur le Millénaire, le document adopté lors du Sommet des
Chefs d’Etats et de gouvernements, les nombreux discours que nous y avons
entendus témoignent tous du fait que la communauté internationale reconnaît et
mesure l’ampleur des défis qu’elle doit relever dans le cadre de la
mondialisation, qu’elle cherche des solutions aux questions pressantes afin de
réduire les disparités dramatiques dans le monde. Et ces problèmes sont en
abondance, tels la pauvreté et l’écart grandissant entre pays développés et en
développement sur les plans économique et social, les questions de
l’environnement, du crime organisé, du terrorisme international, du SIDA et
d’autres maladies, des stupéfiants, des migrations humaines, de la propagation
sur Internet de l’intolérance et des idées extrémistes, etc. Sans exagération
aucune, afin d’assurer un avenir stable, juste et prospère à l’humanité toute
entière, il faut que l’on s’attelle, et sans plus tarder, à donner suite aux
décisions prises et à créer, si besoin est, des normes légales internationales
nécessaires. Celles-ci devraient également couvrir les matières ayant trait au
commerce et aux finances, ainsi qu’aux droits de l’homme et plus spécifiquement
à ceux des minorités ethniques, linguistiques ou religieuses. Dans cette
entreprise, il importe de redonner son sens à la bonne gouvernance et aussi à
la solidarité.
M. le Président,
Il est à relever que la
grande transformation du paysage politique, sécuritaire, socio-économique et
scientifique dans le monde s’accompagne d’une évolution remarquable, celle du
retour de l’homme à la place centrale qui lui revient à juste titre sur
l’échiquier international, et de la redécouverte de la finalité de l’action
gouvernementale au niveau national aussi bien qu’international. A savoir qu’il
s’agit là non pas de la sauvegarde des Etats et des gouvernements, mais de la
protection des peuples, des communautés de gens, de l’être humain, des hommes
et des femmes qui composent nos sociétés. Il faut donc que la pratique
politique et législative et nos futures activités sur le plan de la
codification du droit international reflètent de façon adéquate cette vérité
fondamentale dont nous saluons la réémergeance.
Dans ce contexte, les millions de victimes des conflits qui secouent le
monde et les tragédies quotidiennes dont nous continuons à être témoins nous
imposent à ne pas rester les bras croisés et à trouver au plus tôt une réponse
à un dilemme pratique et théorique qui nous hante depuis un certain temps. Il y
va des conflits qui ont lieu à l’intérieur des Etats et qui s’accompagnent de
graves violations des droits de l’homme, de véritables crises humanitaires. On
ne saurait permettre que des autorités nationales, où qu’elles se trouvent,
puissent persécuter systématiquement et massivement leur propre population en
toute impunité, en s'abritant derrière certains principes de la Charte de
l’ONU. La communauté internationale se doit de traiter de telles situations
avec une nouvelle vision et une philosophie qui traduisent les réalités et
l’esprit de notre monde contemporain.
M. le Président,
En raison de sa
proximité avec l’ancienne Yougoslavie, mon pays, la Hongrie a ressenti tous le
poids de ces problèmes pendant la décennie écoulée. Nous avons été témoins de
retards graves pris par le concert des nations dans le traitement de ce
conflit. Des manquements sérieux l’ont empêchés à agir à temps en Bosnie, mais
aussi au Rwanda et ailleurs, avec des moyens appropriés, sur la base d’un
mandat correspondant aux données de la situation et avec la volonté politique
requise. C’est pourquoi nous nous félicitons du rapport Brahimi sur les opérations
de maintien de la paix et sommes prêts à commencer sans tarder le travail
nécessaire pour la mise en œuvre de ses recommandations.
Quant à la région des Balkans, le Pacte de Stabilité pour l’Europe du
Sud-Est, né il y a un an, est une initiative aussi bien de prévention que de
reconstruction qui offre aux pays et peuples de cette partie du vieux continent
la possibilité de dépasser leurs conflits, régler leurs différends et ouvrir de
nouvelles perspectives de coopération. La Hongrie attache une grande importance
à apporter sa propre contribution à cette entreprise vitale, notamment dans le
domaine du renforcement des forces démocratiques de la région et du respect des
droits de l’homme, y compris des droits des minorités. Dans ce contexte, une
évolution démocratique en République Fédérative de Yougoslavie aurait, sans
doute, un effet stabilisateur sur toute la région et permettrait de mettre fin
à l’isolement de la Serbie des grands courants européens et internationaux. Les
échéances électorales de ce fin septembre lui offrent l’occasion de mettre ce
processus en marche. Une telle évolution permettrait aussi de régulariser les
rapports entre la Serbie et le Monténégro.
M. le Président,
L’un des problèmes
globaux auxquels nous nous heurtons est sans doute lié à la question des armes
classiques et de destruction massive. Nous appelons à de nouveaux progrès dans
le domaine des armes légères et des mines antipersonnel dont les victimes sont
essentiellement des populations civiles innocentes. La Conférence d’examen du
Traité sur la Non-prolifération des armes nucléaires qui s’est tenue cette
année a marqué un pas important dans la recherche d’un avenir plus sûr pour
l’humanité. Le document qui y a été adopté réaffirme le rôle central du Traité
dans le domaine de la non-prolifération et la nécessité d’une concertation
internationale à cette fin. Nous espérons que d’ici la prochaine conférence
d’examen en 2005 nous aurons été en mesure d’engager un processus pour la mise
en application du programme d’action qui a été arrêté en faveur de la
non-prolifération et du désarmement nucléaire. De ce point de vue, nous
attachons une importance particulière au lancement des travaux qui visent à
conclure un Traité sur l’interdiction de la production de matières fissiles à des
fins militaires.
De même, nous suivons de
très près les négociations appelées à élaborer le Protocole de vérification de
la Convention sur l’interdiction des armes biologiques, négociations qui
entrent dans une phase décisive à la veille de la Conférence d’examen fixée
pour 2001. La Hongrie qui assure la présidence du groupe ad hoc chargé
d’élaborer le mécanisme y relatif fera tout ce qui est en son pouvoir pour
atteindre cet objectif au cours de l’année prochaine.
M. le Président,
La Hongrie considère l’adoption
du Statut de la Cour pénale internationale comme l’acquis le plus important de
la période récente dans le domaine du droit international. Ce Statut vise à
faire prévaloir les règles du droit international humanitaire et à mettre fin à
une ère d’impunité. 19 Etats l’ont déjà ratifié, tandis que le nombre des
signatures s’élève à présent à 112. La Hongrie s’en réjouit et poursuit ses
propres préparatifs en vue de la ratification du Statut. Elle continuera à
participer activement aux négociations visant à promouvoir l’acceptation
universelle de la Cour, tout en préservant l’intégrité de son Statut.
M. le Président,
La réforme de notre
organisation mondiale figure à l’ordre du jour de l’ONU depuis un certain
temps. Les récents événements dans le monde, notamment les changements d’ordre
politique et militaire sans précédent, les évolutions économiques, les progrès
dans les domaines scientifique et informatique et, enfin, l’arrivée de cette
fin de siècle qui symbolise de manière tangible l’aube d’une nouvelle ère
pleine de promesses, mais aussi d’incertitudes, tous ces événements, dis-je,
ont transformé ce souhait de voir les Nations unies s’adapter aux réalités de
notre temps en un impératif qui ne tolère plus de tergiversations et
d’hésitations. Par conséquent, la tâche première qui nous est impartie est de
faire face sans complaisance aux énormes défis qui nous attendent au XXIème
siècle. La volonté politique des États-membres ne saurait faire défaut si on
veut véritablement prêter notre concours aux efforts louables du Secrétaire
général visant à parachever ce processus d’adaptation. Cela comporte, entre
autres, les réformes du Conseil de Sécurité et celle du système budgétaire qui
sont nécessaires au renforcement de la crédibilité et de l’efficacité de notre
organisation mondiale. Plus vite on réussit à réformer l’ONU selon les
exigences de la présente période critique et plus rassuré on pourra être dans
tous les foyers du monde quant à l’avenir de la planète.
Merci, M. le Président.